Hospitalo-centrisme: point sur la France

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En cette période de "changement", DevisMutuelle, votre comparateur de mutuelles, s'est penché sur la place de l'hôpital en France. Notre pays souffre-t-il de se que nous appelons l'hospitalo-centrisme? Quelle est la situation aujourd'hui, à l'heure où l'on s'inquiète des déserts médicaux, et où on supprime la convergence tarifaire entre hôpitaux publics et privés?

Historiquement, la France est un pays hospitalo-centriste. L'hôpital tient en effet une place très importante au sein du système de soin français. Quels sont les effets pervers de cette hospitalo-centrisme? DevisMutulle, comparateur de mutuelles santé, vous éclaire.

Hospitalo-centrisme en France: une histoire d'Histoire

Tout d'abord, que veut dire "hospitalo-centrisme"? Il s'agit du fait de regrouper toutes les secteurs du réseau de soin à un seul et même endroit, l'hôpital. Il est alors le cœur du système de soin, avec ses avantages et ses effets pervers.

La France est ce que l'on appelle un État providence: il va intervenir dans la régulation des activités économiques et sociales du pays. La fin de la guerre, en 1945, marque véritablement le début de cet État providence, avec la création de la sécurité sociale. C'est le début de ce qu'on appelle l'hospitalo-centrisme. La politique de financement public des soins pousse à regrouper tout les secteurs de la médecine au sein d'un même endroit, qui propose la gratuité de ses services. Se tourner vers l'hôpital public devient alors le mode de soin.

Les hôpitaux publics montrent leurs limitent

Les hôpitaux publics, subventionnés par l'État, ont une mission de service public. Les hôpitaux privés, quant à eux, doivent impérativement assurer une certaine rentabilité pour continuer à proposer leurs services. Dès les années 1970, on se rend compte du coût, en constante augmentation, que représente un hôpital public... On pourrait pu penser que regrouper les services servirait à une mutualisation des coûts, mais l'hôpital rentre dans une spirale inflationniste. À ce moment, on a décidé de renforcer l'hôpital, plutôt que de l'externaliser.

Convergence tarifaire et réformes

L'ex-président Nicolas Sarkozy avait mis en place la convergence tarifaire entre hôpitaux privés et publics. Elle permettait, à activité comparable, de proposer les mêmes coûts que l'on soit dans un hôpital privé ou public.

Mais le nouveau président François Hollande a tenu à supprimer cette convergence, même s'il semblerait que la tarification à l'activité reprenne les mêmes principes....

Hospitalo-centrisme, fin de la convergence tarifaire... quels sont les risques?

Assurer la rentabilité des hôpitaux

Marisol Touraine l'a rappelé, "l'hôpital n'est pas une entreprise". Reste néanmoins qu'elle se doit de veiller à sa rentabilité. Parce que quand le coût de l'hôpital augmente, c'est le trou de la sécu qui se creuse, et, in fine, c'est la collectivité qui paie cette spirale inflationniste.

Prenons l'exemple de l'Allemagne: pour un système de soin similaire, l'assurance maladie allemande est excédentaire, quand, en France, on ne cesse de parler du trou de la sécurité sociale. En Allemagne, la convergence tarifaire est en place depuis 2009, ce qui a permis d'économiser 11 milliards d'euros.

Trop de service public tue le service public?

La ministre de la santé ne cesse de mettre avant l'importance du service public hospitalier. Mais il ne faut pas pour autant laisser en marge les hôpitaux privés, qui tienne une place très importante dans le réseau de soin français. En effet, les cliniques et hôpitaux privés réalisent 55% des actes chirurgicaux, alors qu'ils ne représentent de 27% de l'offre de soin. Il n'y a donc pas que le public auquel on peut faire confiance: les hôpitaux privés assurent des soins de qualité, leur réputation en dépend par ailleurs.

Mais la recherche constante d'optimisation des coûts dans le public ne risque-t-elle pas de faire basculer la France vers un système de soin privé? Car cette optimisation recherchée afin de réduire le coût de l'hôpital tend à une uniformisation des rémunérations, des compétences. Mais à trop accorder les acteurs de santé, la qualité du soin peut s'en faire ressentir. La qualité d'un praticien doit pouvoir être évaluée: un chirurgien de renom doit, légitimement, être mieux payé qu'un chirurgien moins connu, ne serait-ce que pour garder sa motivation et se sentir récompenser du travail accompli. C'était d'ailleurs un des arguments avancés pour justifier les dépassements d'honoraires de certains médecins.

Pour être mieux soignés, ne risque-t-on pas, à termes, de devoir se tourner vers des organismes privés, proposant un service de qualité supérieure? On risque alors de se retrouver avec une médecine à double vitesse: le service public, peu cher, mais moyen, et le service privé, au coût plus élevé mais a la qualité avérée. Certains voient ici le début de la privatisation du soin français. Avec la même logique, la possibilité donnée aux mutuelles santé de proposer des remboursements différenciés selon le médecin consulté, risque d'avoir le même effet pervers.

La formation des médecins en CHU

L'hospitalo-centrisme ne se limite pas au groupement des soins; le CHU est aussi un lieu de formation de nos futurs médecins, si ce n'est l'unique, en dehors des cours... Et les effets pervers s'en ressentent.

Tout d'abord, comment motiver des étudiants à aller s'installer en libéral, s'ils n'ont jamais connu ce mode de travail? Ce n'est pas comme ça que l'on risque de mettre fin aux déserts médicaux...

L'ensemble des étudiants en médecine sont donc regroupés dans les CHU, où ils seront formés par les médecins titulaires. Mais le turn-over est tellement important, et le nombre d'étudiant si élevé, que l'on arrive à saturation dans certains hôpitaux. Et comment demander à un médecin qualifié de mettre toujours autant de cœur à transmettre son métier, s'il voit défiler un nombre incalculable d'étudiants plus ou moins motivés? À force, il peut se désintéresser, et la qualité de l'apprentissage peut s'en faire ressentir. Les hôpitaux publics étant engorgés, un stage en hôpital privé par exemple offrirait plus de responsabilités à l'étudiant, qui pourrait apprendre beaucoup plus. Dans ce sens, la ministre de la santé, avec son Pacte territoire santé, va d'ailleurs dans ce sens en voulant obliger les étudiants à effectuer des stages en médecine générale.

Le mot de DevisMutuelle, votre comparateur de mutuelles

L'hôpital est le cœur du soin en France. Mais aujourd'hui, avec les problèmes de déserts médicaux notamment, il faut que l'hôpital s'exporte, et que ces services soient disponibles en dehors de son sein. Cela pourrait aussi régler le problème d'engorgement auquel elle doit faire face, puisque tous les services y sont groupés, des urgences, à la radiologie, en passant par la chirurgie...