Crise économique: crise de la mutuelle?

La crise de la Grèce est devenue la crise de la dette, puis la crise des banques européennes. Et en France, elle engendre la crise de la mutuelle. Hausses de tarifs et de taxes en tous sens accentuent la baisse du pouvoir d'achat; et avec l'augmentation de la taxe sur les mutuelles, les français n'ont plus les moyens d'assurer un bon niveau de couverture maladie. Pour contenir leurs dépenses, ils sacrifient leur santé: les français sont de plus en plus nombreux à ne plus se soigner correctement, et à ne plus souscrire de mutuelle, pour pouvoir joindre les deux bouts...

1/3 des français exclus des mutuelles?

Des statistiques alarmantes ont été données lors de la convention de santé CHAM 2011 qui vient de se tenir du 30 septembre au 1er octobre. Une étude indique que 29 % des français (soit près d'un tiers de la population), ont renoncé ou reporté à plus tard des soins médicaux qu'ils auraient dû réaliser en 2011. Même s'il existe des mutuelles peu chères, une part importante de la population doit renoncer à se soigner.
Ces chiffres sont issus d'un sondage effectué à la demande de Europ Assistance (spécialiste des solutions d'assurance assistance) et du Cercle Santé (groupe de travail sur le système de soins, ayant pour membres économistes, sociologues et professionnels de santé.

La France, 2ème pays le plus mal soigné

C'est, après la Pologne (36 % de renoncement aux soins), le pays d'Europe le plus atteint dans l'accès aux soins pour tous. Et le plus alarmant, c'est que cette proportion augmente très vite: 11% en 2009, 23 % en 2010, 29 % à l'été 2011...
19% des italiens doivent eux aussi renoncer à bien se soigner. En Allemagne, le taux se stabilise à 15%. La Grande-Bretagne en revanche, renverse la tendance, avec un taux ramené à 6% .

Les soins sacrifiés, faute de mutuelle

En proportion, le renoncement aux soins affecte les dépenses les plus coûteuses, et surtout mal remboursées par la sécurité sociale, pour lesquelles souscrire une bonne mutuelle est indispensable. Ceci concerne:

  • pour les 3/4, des soins dentaires,
  • pour 12%, des soins courants,
  • pour 6%, l'achat de médicaments.

À qui la faute: crise économique, ou mutuelles?

Avant d'incriminer le tarif des mutuelles devenues trop chères, il faut se replacer dans le contexte. Les assurances complémentaires santé doivent de plus en plus se substituer à la Sécurité Sociale, qui rembourse de moins en moins.
Les dépenses de santé quant à elles explosent: les soins sont de plus en plus chers. Spécialistes, dépassements d'honoraires, équipements et d'examens... La note est salée pour la mutuelle qui prend en charge une part de ces dépenses de plus en lourdes.
À quoi s'ajoute l'augmentation de taxe sur les contrats de complémentaire santé dits "responsables", lesquels bénéficiaient jusqu'à présente d'un régime fiscal allégé.

Les mutuelles et les français seraient donc entraînés dans une crise qui n'est pas la leur: celle d'un système économique qui ne tient pas ses promesses, par défaut de garanties. L'État doit à nouveau renflouer des banques pour y faire face. Et entre dans une spirale de taxations et de restrictions, qui, si elle apporte une parade immédiate pour protéger notre économie, n'apporte pas de solution pérenne face à un problème qui fragilise notre économie, et par voie de conséquence, notre système de soins.

Au point de mettre aussi en danger les solutions qui restent à inventer face à la dépendance des personnes âgées, de plus en plus nombreuses.