Google Health: le DMP américain

Google Health: le DMP sauce usa
La France l'attend toujours... Google l'a fait! Depuis 2004, un long chantier a été amorcé en France afin de permettre aux bénéficiaires de l'assurance maladie d'accéder à leur dossier médical électronique sécurisé. Le but était de permettre aux médecins - avec l'accord du patient - et aux patients eux-mêmes de mettre à jour leurs données médicales sur Internet pour accéder à l'historique des traitements prescrits tout au long de la vie.
Une idée innovante et intéressante tant pour le malade, pas forcément apte à mémoriser ses antécédents médicaux que pour le médecin, pouvant y trouver une réelle source de gain de temps et une mine d'informations garantissant un meilleur suivi des soins du patient. En bref, un véritable outil collaboratif en adéquation avec son temps.

La santé sur Internet

Mais où en est ce projet aujourd'hui? Aux dernières nouvelles, Roselyne Bachelot aurait annoncé le 17 juin dernier, "son intention de relancer" le projet en vue d'une généralisation pour 2012. Peut-on encore y croire? Car le DMP - Dossier Médical Personnel - aurait déjà dû être opérationnel depuis 2007 selon les premières propositions de 2004. Plusieurs phases expérimentales et d'appels d'offres ont été effectuées jusqu'alors, mais sans concrétisation. À l'heure où le gouvernement français se pose encore beaucoup de questions sur la viabilité du projet en termes de sécurité de données santé, de faisabilité technique, de coût et même de pertinence, un coup dur a frappé nos têtes pensantes en mai dernier: le géant Google a réussi l'exploit en lançant "Google Health" pour les citoyens américains. Ce service de santé gratuit va enfin permettre aux détenteurs d'un compte Gmail de stocker et de gérer leurs données médicales sur la toile. Encore plus fort: les données médicales saisies sur Google Health permettent à l'interface de vous orienter vers d'autres spécialistes afin d'obtenir, si vous le souhaitez, un second diagnostic. Ce carnet de santé virtuel "made in USA" est partagé entre les professionnels de santé agréés et choisis par les patients (hôpitaux, pharmacies, médecins..). Google affirme que la plateforme d'accès à Google Health est totalement sécurisée et indépendante du fameux moteur de recherche utilisé par les internautes. Google Health serait-il alors le futur eldorado pour les données médicales des Français? Certes, les sociétés américaines ont été plus rapides à la détente que les gouvernements nationaux (Microsoft a lancé de son côté "HealthVault" depuis octobre dernier). Mais que peut-on penser de la déontologie d'un tel dispositif proposé par un acteur, non pas de la santé, mais capitaliste du web? Surtout que Google n'exclut pas la possibilité de profiter de ce nouveau service à des fins publicitaires. Dans un contexte où Google Health se pose comme la seule alternative au DMP, les français seront-ils prêts à accepter de confier leur carnet de santé à un moteur de recherche? Imaginez-vous annoncer fièrement à votre nouveau médecin que c'est Google qui vous a conseillé de le consulter? Ou encore que Google vous a dit de prendre tel ou tel médicament? Le risque redouté par certains médecins qui se sont prononcés sur la question, est "d'assimiler les médecins à des commerçants". Quoiqu'il en soit, avant de pénétrer le marché français, Google Health devra se prêter aux règles de la législation française en terme de déontologie médicale et se soumettre à la procédure d'agrément auprès du ministère de la Santé. Procédure mise en place dans le cadre de la loi Kouchner 2002, pour tous les hébergeurs de données de santé. En bref, même pour les plus volontaires, les français ne sont pas prêts de mettre leurs petites affaires santé sur le web. Affaire à suivre...